Sujet : la vie a cette époque
Kaedes
   Posté le 09-08-2005 à 14:09:49   

Mariage

Avec l’intervalle entre les naissances, le mariage tardif est le seul contrôle des naissances. L'allaitement freine la fécondité "dans la mesure où une femme qui allaite est, le plus souvent, provisoirement stérile". Le régime est de l’ordre de 6, 8, 10 naissances dans une vie de femme (4 à 5 si on considère l'ensemble des familles dont celles amputées par un décès). La dernière intervient vers 40 ans. Les comportements sont influencés par la morale ascétique de l’Eglise de l’époque. Les naissances viennent quand les familles peuvent subvenir à leurs besoins.
La ponction des mortalités endémiques et catastrophiques est très importante : guerres, famines et épidémies. Si bien que le nombre de veuvages et de remariages est considérable : un mariage sur quatre au moins est un remariage. Au total, la population augmente donc très faiblement. L'espérance de vie ne dépasse pas les 30 ans, chiffre trompeur car le nombre d'hommes et de femmes qui dépassent cet âge est considérable (effet des moyennes). Les grandes crises tendent à disparaître au XVIIIe siècle et la mortalité commence donc à baisser, début de la transition démographique.


Premier enfant

Le premier enfant arrive 10 à 18 mois après le mariage puis les autres arrivent tous les deux ans. Sur les huit à dix naissances, trois ou quatre arrivent à l’âge adulte. En ville, nuptialité et mortalité sont plus fortes. Le besoin d’un héritier mâle est crucial. Lorsque les naissances ne viennent pas, personne ne peut supposer l’infertilité des hommes.
La femme est considérée comme un ventre même si elle ne transmet pas la noblesse. Les rites de fécondité revêtent une grande importance : souvent attachés à la Vierge Marie, ils se perpétuent dans de nombreux lieux de pélerinages et de dévotions. les interventions des conjureurs viennent lorsque l'échec est patent (sorcières, matrones et aînées). Cette stérilité touche environ 10 % des couples. La séparation n'est pas possible pour eux ; juste l'espoir d'un veuvage et d'un remariage.


Grossesse

Les femmes dans les familles soutiennent celles qui attendent un enfant. Une certaine culture médicale est transmise par des livrets diffusés dans les villes et les campagnes par les curés. Le travail de la femme enceinte ne cesse pas. Les fausses couches à la suite d'accidents sont en conséquence assez fréquentes.

Avortements et infanticides

Les autorités mènent une lutte impitoyable contre les avortements et les infanticides. La peine de mort est par exemple appliquée par les édits de 1556 et 1586. L'Eglise refuse l'absolution. La conséquence est la multiplication des abandons d'enfants. Des procédés de contrôle des naissances sont utilisés comme le coïtus interruptus ou la capote d'assistance. Les funestes secrets se répandent à la fin du XVIIIe siècle. Les délais entre les naissances augmentent logiquement.

Accouchement

L'accouchement est attendu avec beaucoup de fatalisme ; il se fait dans une douleur aceptée : "tout pousse à vivre la délivrance comme une passion". les décès en couches se révèlent très nombreux,

Les femmes accouchent chez elles. Les naissances hospitalières sont très rares et ne concernent que les plus pauvres. Les hommes sont exclus de la cérémonie. Les médecins progressistes veulent éloigner l’animation qui règne autour de la femme. “L’accouchement se fait longtemps en position assise, au lit, en tenue de jour.” Au siècle des lumières, la position allongée se répand.
Le rôle principal est donné à une matrone de 50 ans au moins, appelée sage-femme qui intervient gratuitement. L’accoucheuse de village est prise en charge par le clergé paroissial qui veille à surveiller ses moeurs. Ensuite sages-femmes et accoucheuses bénéficient d’une formation. Les hommes sont alors acceptés. Madame de Coudray parcourt la France avec son mannequin au XVIIIe siècle. L’infection puerpérale et la mortalité périnatale resteront cependant invaincues.


Mortalité infantile
La mortalité infantile touche 30 % des bébés.

Malformations, accidents de grossesse, traumatismes des accouchements, ongles mal lavés des matrones, pansements non stériles, coups de froid pendant les baptêmes, coliques, diahrées, fièvres, typhoïdes, dysenteries, entéroclites sont les principales causes des mortalités avant une année... Les bébés allaités sont en partie protégés. Les accidents sont fréquents : coup de chaleur, étouffement dans le lit familial, entéroclites. La mise en nourrice est une méthode fréquente dans les villes. C’est une pratique qui permet la poursuite des activités des couples, une nouvelle grossesse mais des enfants ainsi placés dans les campagnes ne reviennent pas. Ainsi un enfant sur quatre meurt avant d'atteindre l'âge de un an et le nombre de naissance est tout juste suffisant pour assurer le remplacement des générations (aujourd'hui un enfant sur cent). Jusqu'à 15 ans un autre quart ne survit pas, notamment au sevrage.

La mort relativisée


La force du sentiment religieux permet de relativiser le décès prématuré d'un enfant mais le baptême doit donc se dérouler rapidement. Les sanctuaires à répit permettent de baptiser les enfants morts pendant les quelques instants où on le croît renaître.
Olaf
   Posté le 09-08-2005 à 14:56:41   

Je sais pas si ça se faisait encore à cette époque les nécropoles réservées aux bébés ou enfants en bas age voire femme enceintes.
Kaedes
   Posté le 09-08-2005 à 14:58:49   

aucune idée
Nefredkheperoure
   Posté le 13-01-2007 à 05:21:17   

Sujets très intéressants ! On a souvent du mal à imaginer la vie quotidienne de nos ancêtres.

Il avait été établi par l'Eglise que les bébés avaient une âme, après d'âpres discussions ; d'où le rite du baptême appliqué aux enfants, alors qu'il était à l'origine réservé aux adultes. Quant au foetus, il n'était pas encore considéré comme un être doté d'une âme. Le statut de l'enfant évoluera très lentement. Selon les lieux, certaines traditions voulaient qu'on enterre les enfants morts en bas âge contre le chevet des églises, dans une sépulture anonyme, ou dans des couvents, d'où les nombreuses légendes sur les religieuses engrossées...

Concernant la stérilité, elle était toujours considérée comme venant de la femme. C'était une cause de rupture du mariage, une des rares possibilités de rompre un mariage d'ailleurs ; l'Eglise pouvait dans ce cas autoriser le couple à se séparer, la question de la descendance étant primordiale à cette époque.

La femme enceinte connaissait un sort dépendant de son rang social ; chez les femmes du peuple, elle travaillait pratiquement jusqu'à terme. Chez les nobles et la riche bourgeoisie, la femme enceinte se retirait chez elle à partir du moment où sa grossesse ne lui permettait plus de porter les vêtements corsetés ; elle ne réapparaissait en public qu'un certain temps après ses couches...

Pour l'accouchement, il faut distinguer le commun des mortels et les accouchements princiers. Dans ce second cas, selon la tradition française, la malheureuse accouchait en public. C'était le cas des reines et princesses de France, qui accouchaient en présence des princes du sang, un drap ménageant leur pudeur ; l'enfant devait être présenté aussitôt né et lavé à la famille. De nombreuses reines ont été très choquées d'être soumises à cette coutume étrange ! On peut encore voir des chaises d'accouchée, qui ont un siège en forme de haricot, de façon à ce que la sage-femme puisse saisir le bébé qui était mis au monde en position assise, la plus répandue d'ailleurs dans le monde.
Kaedes
   Posté le 13-01-2007 à 15:10:36   

plutot ignoble cette vieille tradition d'accoucher en public...
Nefredkheperoure
   Posté le 13-01-2007 à 19:18:50   

Ca devait être éprouvant pour la malheureuse, en effet. Le récit de l'accouchement d'Anne dAutriche donnant naissance au futur Louis XIV est éloquent à ce sujet...

Cette tradition vient des rumeurs de substitutions d'enfants et c'est aussi une façon de théâtraliser une naissance royale ou princière. La vie publique commence en quelque sorte dès la naissance.
Kaedes
   Posté le 14-01-2007 à 12:20:46   

oui c'est compréhensible. Au moins ils étaient sur de l'identité du prince. Et son statut ne lui permet pas une vie privé...

le loft story princier... finalement, rien n'a été inventé lol
Nefredkheperoure
   Posté le 14-01-2007 à 17:28:31   

C'est un peu ça, oui en effet, mais réservé à des privilégiés, quand même...
Ankh
   Posté le 04-02-2008 à 19:11:41   

En cours nous étudions la Renaissance de 1470-1560, et pourtant nos profs nous parlent déjà de relancement de la dynamique démographique, dûe en partie au recul de la peste et à l'âge du mariage aux alentours de 18 ans...
Nefredkheperoure
   Posté le 05-02-2008 à 06:39:44   

Tu as raison, Ankh, la Renaissance est toute entière faite de ce genre de paradoxes. La démographie varie beaucoup selon les lieux. Mais il y a effectivement un accroissement de la population. L'âge du mariage varie beaucoup aussi, en particulier en fonction des classes sociales. Tout dépend, entre autres, du nombre de filles dans une famille, en raison de la tradition de doter les filles.
Pierma
   Posté le 05-02-2008 à 12:21:08   

Curieux qu'on ne favorise pas l'adoption, dans une société où il y a tant d'abandons d'enfants.

Mais elle se heurtait sans doute à certains préjugés.

Pour le recul des maladies, il me semble que la dernière grande épidémie de peste est assez récente. Sous Louis XIV, je crois. On sait quel navire l'a apportée à Marseille, à la suite d'un manque de vigilance dans la quarantaine, plutôt rigoureuse normalement.
Nefredkheperoure
   Posté le 05-02-2008 à 18:59:32   

Tu veux sans doute parler de la grande peste de Provence, en 1720 ? En effet, c'est la dernière grande épidémie en France. Des bateaux venus du Levant étaient en quarantaine à Marseille, mais des marchands sont parvenus à faire descendre à terre des étoffes infectées. L'épidémie s'est alors répandue dans une grande partie de la Provence, causant un désastre démographique dont certaines villes ont eu beaucoup de mal à se remettre. Elle a sévi pendant 1 an et demi, à peu près.

La Provence était très exposée aux épidémies de peste, en raison en particulier du commerce vers la Méditerranée orientale. Il y a eu plusieurs épidémies de peste en Provence, et à Marseille en particulier, au XVIe s., comme l'épidémie de 1580, un peu moins au XVIIe s. Comme Marseille avait un réseau commercial rayonnant dans toute la Provence, l'épidémie pouvait se répandre très vite. Dans les ports, les navires étaient mis en quarantaine et inspectés par des intendants de la santé. Dès que la nouvelle se répandait que des cas de peste étaient signalés dans une ville, les villes voisines mettaient des points de contrôle aux limites de leur terroir et ne laissaient passer que les personnes munies de billets de santé (appelés "bollettes" à cette époque en Provence) attestant qu'elles étaient saines ; en général, les villes envoyaient des messagers pour donner l'alerte. Quand la menace était sévère, on déclarait la "serrade", qui consistait à s'enfermer en ville, puis dans un second temps chez soi quand l'épidémie sévissait sur le terroir ; c'est pourquoi les nobles et notables s'empressaient de fuir dans leurs propriétés de campagne dès qu'une rumeur de peste était signalée.
Pierma
   Posté le 05-02-2008 à 20:05:30   

Merci pour ces précisions très documentées.
Nefredkheperoure
   Posté le 07-02-2008 à 04:38:36   

Mais de rien. En tout cas, bravo à toi de connaître cet épisode de notre histoire que beaucoup ignorent.

La grande peste de 1720 est si incontournable dans l'histoire de la Provence qu'on tombe tôt ou tard sur des documents la concernant quand on étudie l'histoire régionale. Je tâcherai de vous retrouver la photo d'un graffito que les gardes chargés de surveiller le passage des gorges d'Ollioules à cette époque ont laissé...


Edité le 07-02-2008 à 04:42:05 par Nefredkheperoure


 
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