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Pierma
Il n'y a pas 2 vérités historiques
Lauriers d'Or
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   Posté le 31-01-2008 à 20:26:33   Voir le profil de Pierma (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Pierma   

La bataille de Stalingrad


Stalingrad est considérée comme la bataille la plus sanglante de l’Histoire. Les évaluations se situent entre 1 et 2 millions de tués au total. Cette incertitude parle d’elle-même. Pour des effectifs allemands engagés de l’ordre de 500 000 hommes, le nombre des tués permet de mesurer les sacrifices consentis par l’Armée Rouge et le terrible massacre des civils russes pris dans la bataille.

Episode 1 : la ruée vers le Caucase.
Les troupes allemandes, qui ont conquis de juin à octobre 1941 plus de la moitié de l’Union Soviétique «utile», ont échoué en décembre devant Moscou. Pendant l’hiver, Hitler a sauvé son armée en refusant une retraite générale et en préconisant la formation de « hérissons » sur le modèle de la guerre des tranchées. Les pertes sont lourdes pour la Wehrmacht, qui a déjà perdu 1 million de soldats, tués, blessés ou prisonniers. Les pertes de l’Armée Rouge, très mal commandée et encore mal équipée, sont 3 à 4 fois plus lourdes.

A la sortie de l’hiver 1941-42, avec le beau temps, la Wehrmacht retrouve sa mobilité. Hitler regroupe la masse de ses divisions de blindés pour tenter de neutraliser l’Armée Rouge pendant la campagne d’été. Son plan est simple : depuis la boucle du Don (au nord de la Mer Noire) foncer vers les puits de pétrole qui se trouvent au pied du Caucase (Maïkop, Grozny) puis au bord de la Caspienne (Bakou)

Il s’agit d’une ouverture astucieuse vers la guerre économique totale : si le coup réussit, l’Armée Rouge privée d’essence perdra toute capacité opérationnelle. Ni par l’Arctique, ni par Téhéran, les Alliés n’auront les moyens maritimes de l’approvisionner.

Malgré tout, Hitler voit grand : il s’agit d’une offensive qui doit dépasser 800 km de progression. De plus les contreforts du Caucase ne sont pas pour les chars un terrain aussi facile que les plaines russes. Il faut foncer et prendre de vitesse les armées soviétiques, dont les effectifs protègent davantage le centre de la Russie : pour les Russes, la ville de Moscou doit pouvoir échapper à une attaque en force, d’où qu’elle vienne. L’Armée Rouge est prise à contre-pied par le début de l’offensive.

Episode 2 : le coup d’arrêt.

C’est au dimanche 30 août 1942 que se situe l’apogée de l’empire hitlérien. Jamais l’Allemagne ne parut si près de gagner la guerre et de tenir le monde.

L’Afrika Korps de Rommel est en ordre de bataille avec les Pyramides dans sa ligne de mire. L’Egypte prise, le monde arabe basculera contre la puissance anglaise. Le Caire, Alexandrie, Suez sont offertes, 100 km devant ses avant-postes. Les tankistes allemands, couchés sous leurs chars, suffoquent dans la fournaise. L’attaque aura lieu au crépuscule.

Rommel est deux fois plus près du Tchérek que de Berlin. Le Tchérek, fleuve du Caucase, est le dernier obstacle qui s’oppose à la ruée des chars du général von Kleist sur le pétrole de Bakou. Ils ont déjà pris Maïkop et bombardé Grozny. Le Tchérek, 250 m de large, un courant rapide. Un régiment de Hambourg réussit la traversée et tient bientôt une tête de pont sur l’autre rive.

Cinq jours plus tard le destin a tourné. En Afrique, au Caucase, les régiments de pointe ont dû faire demi-tour. L’Allemagne ne gagnera pas la guerre si facilement. Malgré tout, il lui reste une possibilité de mettre la Russie en difficulté : s’emparer de Stalingrad – vers laquelle une armée allemande a déjà progressé – puis remonter la Volga pour prendre Moscou à revers. (Par l'est ! )

Episode 3 : la fixation sur Stalingrad et l’enlisement

En fait il s’agit d’une idée fixe. Hitler et Staline sont aussi offensifs l’un que l’autre, au détriment de leurs armées respectives. Mais Hitler néglige le facteur clé qui lui a donné la quasi-totalité de l’Europe : la mobilité de son armée. Pour la première fois, elle accepte des combats urbains. Une occasion que son adversaire saura exploiter sans se soucier des sacrifices.

Et d’abord le sacrifice des civils. En effet, à l’approche des Allemands, Staline interdit l'évacuation des civils de la ville, pensant que leur présence encouragera une plus grande résistance des défenseurs. Des civils, comprenant les femmes et les enfants, ont été mis au travail pour améliorer les fortifications protectrices et continuer de travailler jusqu'au bout dans les anciennes usines de tracteurs, reconverties depuis un an en usines de chars.

Un bombardement aérien allemand massif, le 23 août, cause une véritable tempête de feu, tuant des milliers de civils et transformant Stalingrad en un vaste paysage de gravats et de ruines en feu. 80% de l'espace habitable de la ville est détruit.

Cette tactique entre en contradiction avec le principe allemand de la « guerre éclair » basée sur le mouvement et l’attaque en masse par les chars. A Stalingrad, on ordonnera aux tankistes allemands de quitter leurs chars pour combattre à pied dans les ruines !

Staline, lance le slogan « Pas un pas en arrière ! », Tous ceux qui fuient ou reculent de leurs positions sans ordres peuvent être sommairement abattus. Mais les soviétiques n'avaient pas vraiment besoin de cette propagande pour comprendre l'enjeu de cette bataille et se battre héroïquement. Les Allemands poussant en avant dans Stalingrad ont ainsi souffert lourdement. Des renforts soviétiques ont été embarqués à travers le fleuve Volga de la rive orientale sous le bombardement constant de l'artillerie et des Stukas. L'espérance de vie d'un soldat soviétique nouvellement arrivé dans la ville a chuté à moins de vingt-quatre heures.



La tactique allemande était basée sur le principe des équipes d'armes combinées, impliquant une collaboration étroite de l'infanterie, du génie et de l'artillerie avec appui aérien. Pour parer ceci, les commandants soviétiques ont adopté une technique simple : toujours garder les lignes de front au plus proche et leurs troupes au contact direct des Allemands. Dans ces conditions l’artillerie et l’aviation allemandes ne pouvaient guère intervenir dans les affrontements. Ainsi les combats de Stalingrad sont le plus souvent des combats rapprochés ou au corps à corps.

Enlisement et batailles de rue sanglantes : le combat fait rage pour chaque rue, chaque usine, chaque maison, chaque sous-sol et chaque escalier. Les Allemands appellent cette guerre urbaine invisible Rattenkrieg (« guerre de rats » ) et une plaisanterie grinçante se répand à ce sujet : « Une fois la cuisine capturée, on combat toujours pour la salle de séjour. »

Certains laissent parfois échapper un cri de désespoir :<< Mon Dieu, pourquoi nous avez-vous abandonné, demande un lieutenant de la 24ème Panzer. Nous nous sommes battus pendant 15 jours pour une seule maison, au mortier, à la grenade, à la mitrailleuse, à la baïonnette. Au bout de trois jours, nous laissions déjà 54 cadavres dans les caves, sur les paliers ou dans l'escalier. Le front passe par un couloir entre deux pièces calcinées ou un plafond. Les secours viennent des maisons voisines par les escaliers d'incendie et les cheminées. La lutte ne cesse pas de l'aube à la nuit. D'étage à étage, le visage ruisselant de sueur, nous nous criblons de grenades, au milieu des explosions, des nuages de poussière et de fumée, des hurlements des mortiers, des flaques de sang, des éclats de toutes sortes et des débris humains. Demandez à n'importe quel soldat ce que signifie une heure de corps à corps et imaginez Stalingrad : dix huit jours et dix huit nuits de combats au corps à corps. >>



Episode 4 : Stalingrad assiégée

A l’automne, le général Joukov lance sa contre-offensive. Pour la première fois depuis juin 1941 l’Armée Rouge tente une autre manœuvre que le choc frontal : il s’agit d’encercler la ville à grande distance, en traversant la Volga puis les steppes au nord et au sud de la ville. Le 22 novembre, les deux pinces de la tenaille se rejoignent à Kalach, terminant l'encerclement de Stalingrad dans une poche de 30 à 40 km de côté.

Coupées de leurs arrières par la manœuvre d'encerclement opérée par les Soviétiques, les forces allemandes ne peuvent plus compter que sur elles-mêmes. Peu après, la perte des aérodromes de Tatzinskaïa et Morozovskaïa aggrave encore la situation. L'aviation allemande se voit en effet dans l'impossibilité d'organiser un pont aérien efficace et donc de fournir vivres, munitions et hommes. Ceci, cumulé à la pression exercée par l'Armée rouge, rend la situation intenable. L’armée allemande de Stalingrad est prise au piège et court à la destruction.

Les divisions blindées, commandées par Von Manstein, que le commandement de la Wehrmacht avait envoyées mi-décembre pour briser l'encerclement de Paulus furent arrêtées et repoussées par l'Armée rouge, d'autant que Von Paulus refusa de désobéir aux ordres d'Hitler et de tenter une sortie avec la totalité de ses forces. Les raisons de cette attitude n’ont jamais été éclaircies, d’autant que Manstein – le meilleur général de la Wehrmacht – avait fourni à Paulus différents prétextes qui lui auraient permis de se justifier. Cet échec scella le sort des troupes assiégées.

Episode 5 : la fin

Hitler attribua à Von Paulus le titre de maréchal, pour inciter ses hommes à le défendre jusqu'au-delà de leur courage, aucun récipiendaire de cette haute distinction n'ayant été capturé auparavant. Le Führer-Chancelier comptait sur le sens de l’honneur de la Wehrmacht.

Hitler justifia ce sacrifice en expliquant que les troupes de Stalingrad permettaient de fixer sept armées russes et laissaient à Von Manstein le temps de retirer toutes ses troupes encore aventurées en direction du Caucase. Argument spécieux : l’armée de Stalingrad, privée de munitions et de vivres, avait perdu toute capacité offensive. Depuis fin décembre elle ne fixait qu’un nombre décroissant de soldats soviétiques. Les cas de morts sans cause apparente se multipliaient : les soldats allemands sous-alimentés mouraient de stress et d’usure physique.

Pour Hitler les soldats de la VIe armée devaient impérativement mourir au combat, pour des raisons qui tiennent davantage à son refus d’avouer une défaite qu’à un quelconque objectif militaire.
Les troupes de l’Armée Rouge réussirent fin janvier à séparer les défenseurs, coupant le secteur sud de Stalingrad du secteur nord. A partir de ce moment les soldats allemands commencent à se rendre par petits groupes, encerclés ou sans munitions.

Les Soviétiques prétendent avoir capturé Von Paulus et son état-major cachés dans une cave. [Propagande. Une ineptie malheureusement reprise par Wikipédia, dont la description de la bataille est truffée d’erreurs factuelles et d’analyses discutables.] En réalité, un lieutenant allemand qui défendait un côté de ce groupe de maisons, Joachim Wieder, a raconté comment, au risque d’être fusillé, il alla annoncer à l’Etat-Major de Von Paulus son intention de se rendre aux Russes le lendemain. En effet les Russes avaient fait venir parmi les ruines une quantité de canons antichars légers, et sa compagnie, sans munitions, ne pouvait plus protéger l’Etat-Major. Le lendemain il eut la surprise de trouver Von Paulus et son adjoint en grande tenue et accompagnés de leurs bagages, prêts à se rendre. Ils furent d’ailleurs parfaitement traités : Staline comptait sur leur influence politique auprès de leurs collègues.

La nouvelle de la reddition de leur chef accéléra la capitulation des forces allemandes qui eut lieu le 31 janvier 1943 pour le secteur sud et le 2 février pour le secteur nord. Paulus ne donna aucun ordre de capitulation : Hitler l’avait interdit.

85 000 des 91 000 prisonniers devaient mourir en captivité, la plupart dans les semaines qui suivirent, moins à cause de mauvais traitements qu'en raison de l'affaiblissement général de leur organisme : exposition prolongée au froid, efforts intenses et privations subies pendant ce dernier combat désespéré.

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Première défaite de la Wehrmacht à l'est, Stalingrad n'est pourtant pas une défaite décisive. C'est à Koursk, en juillet 1943 que se jouera le sort de la guerre. Dans la plus grande bataille de chars de l'Histoire, l'Allemagne perdra définitivement l'initiative. Elle ne sera plus jamais en mesure de lancer sur ce front une offensive d'importance.

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   Posté le 31-01-2008 à 22:24:56   Voir le profil de Nefredkheperoure (Offline)   Répondre à ce message   http://nefred.over-blog.com/   Envoyer un message privé à Nefredkheperoure   

Effectivement, un épisode terrible de la GM II... Un exemple terrible de la folie humaine quand des pays sont gouvernés par des tyrans.

Très intéressant article, Pierma.

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